Hommage aux Maitres-Artisans

Cher Jean-Laurent,

Ne vous offusquez pas si je vous appelle aujourd'hui par votre prénom. Je n'aurais jamais osé vous appeler par votre prénom quand je participais à vos cours. Nous vous appelions entre nous, entre élèves et anciens élèves, Jean-Laurent. C'était, je crois, une marque pudique d'affection, une manière de s'approcher de vous en votre absence.

Vous avez été un professeur formidable, formidable par votre enseignement intemporel et votre exigence. Vous avez été aussi d'un caractère formidable de générosité parfois et épouvantable d'intransigeance souvent.

Cela avait de quoi déstabiliser bon nombre d'entre nous.

Vous n'étiez pas fait de mollesse.

Vous étiez d'airain.

Et dans notre époque chavirante, dénuée de repères stables, embrumée d'accessoires inutiles, votre enseignement artistique et humain était encore après bien des années dans les têtes et les coeurs de bon nombre d'entre nous.

J'ai quitté votre cours il y a 13 ans. Et depuis 13 ans, combien de vos phrases me sont venues aux lèvres, combien d'images du plateau du théâtre de la Pépinière ont voltigé devant mes yeux.

Vous aviez l'honneur de votre métier, cet honneur si bien écrit par Charles Peguy. Vous aviez l'honneur des bâtisseurs de cathédrales.

Vous avez semé des graines en chacun de nous, tel le jardinier d'âmes dont vous vous plaisiez me semble t-il à vous décrire. Ce n'est pas peu dire, jardinier d'âmes. Désireux à l'extrême que nous soyons exigeants envers nous mêmes, pour devenir la meilleure version de nous-mêmes. Vous mettiez devant nos yeux un tuteur vertical, élancé vers le Ciel. Et nous étions pour bon nombre d'entre nous interloqués du chemin et désireux de s'y transcender. Vous aviez l'art de sculpter un jardin japonais à la française en chacun de nous. Cette quête de notre âme, notre Essence, notre essentiel avec un parfum typiquement français. Ce n'était pas des artistes que vous formiez, c'était d'abord des Êtres humains, des Hommes et des Femmes.

Vous pouviez être injuste. J'ai vu tant de jeunes gens blessés par un de vos regards tempétueux, par un de vos mots tonitruants. L'esprit de cour qui vous entourait n'était pas de mon goût, cette bataille pour accéder au plateau j'en éprouvais du dégoût, cette fausse déférence dont certains faisaient leur masque en votre présence me tétanisait et me courrouçait.

Et aujourd'hui que vous êtes parti vers la Source que vous avez tant évoquée, tant dialoguée avec vos auteurs, tant chantée par les pores de votre peau, aujourd'hui il me reste à la gorge une tristesse lancinante de voir partir un type d'homme que dans les temps anciens on nommait un maître-artisan. Au-delà de l'artiste, au-delà du jardinier d'âme, vous étiez, vous êtes pour moi un maître-artisan dans la construction de nos cathédrales intérieures. Bon nombre d'entre nous avons complété et complèterons ces fondations avec d'autres fondations, d'autres apprentissages, d'autres disciplines, d'autres temps de vie. Les vôtres, ces fondations que vous avez su bâtir patiemment, avec calme et tempête, en notre sein ont le charme des merveilles de l'humanité.

Bon voyage Monsieur Cochet,

Alain Bousigue

7 avril 2020

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